À la croisée des chemins pop et dance, Underworld a connu le succès en mélangeant basses synthétiques et accords de guitares dans le fameux "DubNoBassWithMyHeadMan". De cette galette, on retiendra surtout les différents remixes résolument plus techno, tout comme les autres maxis qui se sont succédés depuis. Mais l'impact d'Underworld sur la scène house est indéniable, et cela s'explique par la présence d'un DJ au sein du groupe. A partir de leur rencontre avec Darren Emerson, Underworld a cessé d'être un groupe confidentiel, pour devenir l'emblème d'une fusion techno pop réussie. Au moment de la sortie de l'album "Second Toughest In The Infants", plus cross over que jamais, il était temps de faire le point avec Darren sur l'importance du Djing dans toutes les formes de musiques.

Underworld

Underworld, aujourd'hui, c'est Rick Smith, Karl Hyde et Darren Emerson. Comment vous situez-vous les uns par rapport aux autres ?

Darren Emerson : Rick joue du clavier et passe beaucoup de temps en studio. C'est l'élément moteur du groupe, celui qui nous pousse toujours à aller de l'avant. Rick est aussi celui qui fait tenir les choses ensemble. C'est l'élément pivot autour duquel s'articulent deux conceptions musicales différentes : celle représentée par Karl, qui chante et joue de la guitare et la mienne, issue de mon expérience en tant que DJ. Cette collaboration m'a appris énormément de choses. Sur le premier album, mon intervention se limitait au choix des sons et à la mise en forme générale des morceaux. Désormais, j'interviens également dès le stade de la composition. Nous travaillons d'abord chez nous, car nous avons chacun notre propre studio. Je développe mes intuitions de manière autonome, je programme des boucles et des évolutions de séquences puis j'amène le résultat chez Rick et nous mélangeons nos idées. Je me suis beaucoup plus investi dans la musique que je ne l'étais auparavant. Maintenant, j'ai également mes propres productions, c'est-à-dire qu'en plus des remixes je crée des morceaux totalement issus de mon inspiration.

Considères-tu vraiment Underworld comme un groupe?

Si tu veux l'appeler comme ça, pourquoi pas ? Nous sommes persuadés que notre collaboration a donné naissance à une musique tout à fait neuve parce qu'elle provient de différentes sources d'inspiration. Moi, par exemple, je suis un pur produit de la musique électronique et du scratching. Je me suis acoquiné avec eux par accident. J'ai rencontré Rick par l'intermédiaire de son beau-frère, parce que je voulais enregistrer dans son studio et que lui désirait travailler avec un DJ. Finalement, nous nous sommes réunis et nous avons fait quelques morceaux sur lesquels Karl est venu ajouter des voix et des guitares. La fusion s'est véritablement opérée à ce moment, mes influences mélangées aux leurs donnaient quelque chose d'exceptionnel : Underworld. Aujourd'hui, si nous disposons chacun de notre home-studio pour développer les bases de notre musique, ça ne nous empêche pas de nous retrouver souvent dans le même studio pour travailler ensemble. A la fin du processus, nous rassemblons toutes nos idées et nous les joignons ensemble.

Malgré le succès d'Underworld, tu continues à te produire comme DJ tous les week-ends ?

Oui, j'ai toujours été DJ. C'est ainsi que j'ai commencé et je n'ai pas voulu changer cela. Je n'ai jamais cessé de mixer. Même si j'ai beaucoup appris en studio, je reste avant tout un DJ. J'aime assez ne pas toujours donner à entendre le même genre de musique que celle que je fais avec Underworld. Ça me plaît de jouer sur différents registres. Peut-être que des morceaux plus orientés vers la scène club comme le sont ceux qui figurent sur les maxi-singles d'Underworld sont plus marqués par mon style. Mais pour les albums, nous voulons un son différent, avec plus de voix, comme une invitation au voyage. Underworld en concert, c'est encore autre chose...

Barre travaux

Lorsqu'on t'écoute mixer, on se rend compte que tu ne te focalises pas uniquement sur la techno. En tant que DJ, à quels autres styles es-tu également sensible ?

Je joue aussi de la house, mais pas le genre "housy-garagy", pas de "waouw, baby"... Quelque chose qui se rapproche davantage de l'esprit qui règne à Chicago.

Curieusement, alors qu'on perçoit une certaine influence du breakbeat dans la musique d'Underworld, tu ne passes pas de morceaux jungle. Tu n'aimes pas ça ?

Si, j'aime beaucoup. Pas tellement le bass & drum, plutôt la deep-jungle. Tu vois la différence ? On est beaucoup plus proche de la perception de l'espace. J'ai pas mal de disques jungle, mais je les garde pour les écouter chez moi. Je n'en joue pas comme DJ car je laisse ça aux vrais DJs jungle qui le font mieux que moi. Sur notre second album, il y a quelques morceaux d'inspiration jungle. Ils sont volontairement assez lents, aux alentours de 90 bpm, mais reprennent des jeux de cymbales caractéristiques doublés d'un motif en arrière fond sur un rythme plus trépidant. .

Sur scène, Underworld offre un spectacle très intense. On sent vraiment qu'il y a un DJ dans le groupe. Est-ce ta façon d'introduire les rythmes dans la musique qui porte le public au bord de la folie ?

Au début, j'utilisais des cassettes sur lesquelles j'avais enregistré les rythmes au préalable. En live, je mixais ces rythmes les uns avec les autres. Ça donnait effectivement l'impression d'entendre un DJ. Mais à présent tout ce que nous faisons sur scène est entièrement joué en direct. Lors de nos derniers concerts, nous nous sommes produits en compagnie d'un DJ : Darren Price. Nous jouions trois ou quatre morceaux puis nous nous retirions ; il mixait et nous revenions sur scène. Ça durait comme ça pendant trois heures environ. Nous ne voulons pas nous enfermer dans une routine, nous cherchons toujours à présenter un spectacle différent dans lequel nous laissons la place à l'improvisation. C'est d'ailleurs très excitant de se retrouver sur scène avec Underworld parce qu'on sait qu'à n'importe quel moment ça peut foirer.

Une dernière précision : qui se cache derrière Underwater ?

Des amis et parfois nous-mêmes lorsque nous voulons faire des morceaux sous un autre nom.

Tu sais qu'il est actuellement très difficile de se procurer les disques d'Underwater ?

Oui, ça reste underground pour le moment et nous préférons que cela reste ainsi. Nous ne cherchons pas à en faire la promotion parce que nous voulons que la sauce prenne lentement. Cette musique demande qu'on la laisse vivre toute seule, si elle est assez bonne elle fera son trou. Ce sont des productions qui se rapprochent plus de la deep house techno que de ce qu'on a l'habitude d'entendre de la part d'Underworld. À l'avenir, je pense que nous aurons chacun nos propres productions et que nous nous retrouverons pour produire un disque tous les deux ans environ.

DISCOGRAPHIE :

1991 Bigmouth (sous le nom de Lemon Interupt)
1992 Mmm... Skyscraper I Love You
1992 Dirty, Dirty Guitar
1993 Rez/Why Why Why - Rez/Cowgirl
1993 Spikee/Dogman Go Woof
1994 DubNoBassWithMyHeadMan (album)
1994 Dark & Long
1995 Born Slippy
1995 Second Toughest In The Infants (album)