Interview : Jori Hulkkonen
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"Selkäsaari Tracks", premier album de Jori Hulkkonen, à la grâce des aurores boréales.
Avec ce musicien finlandais, le spleen polaire et le groove arctique n'ont désormais
plus aucun secret.
Lorsque l'on rencontre en ce début d'automne Jori Hulkkonen, ce jeune musicien finnois
a l'air heureux et serein. D'abord, grâce à la température ambiante, qui lui rappelle
les plus fortes "chaleurs" estivales de Oulu, lointaine bourgade paumée au fin fond du nord de la Finlande. Et parce que Jori n'est pas peu fier d'avoir signé son premier
album, "Selkäsaari Tracks" sur F Communications. "F, cela a toujours été mon label
de référence. Non pas à cause d'un artiste en particulier mais grâce à la qualité,
l'atmosphère et la tonalité générale des productions du label" . Après bien des années
d'efforts, Jori est en effet parvenu à sortir de son trou perdu aux confins du cercle
polaire. La Finlande compte à peine dix millions d'habitants, et l'activité artistique et économique reste concentrée au sud, du coté d'Helsinki. La scène techno est donc
là-bas quasi inexistante. "Il n'y a jamais vraiment eu de mouvement électronique
dans mon pays. Du coté des dancefloors, on trouve bien quelques clubs, mais la musique
est vraiment trop cheesy et poppy à mon goût. Quant aux raves, il y en a bien trois
ou quatre par an, avec parfois de grands noms comme David Morales ou Dave Clarke,
mais les gens préfèrent vraiment la bonne grosse techno à la Maruscha et Westbam.
Coté labels, à peine peut-on dire qu'il commence à y avoir quelques frémissements, à droite
et à gauche. A part le label Dum de Monochunk (qui a pas mal d'écho en Allemagne)
et le label culte Sakhö, c'est le désert. En 1993, histoire de trouver une audience
à l'étranger, j'ai lancé mon label avec un de mes amis mais nous avons dû jeter l'éponge tout
récemment. J'ai par la suite été signé ici et ailleurs, sur Hybrid (le label de
Cari Lekebush), Out Of Orbit (des italiens d'ACV) ou Trainspotter's Nightmare mais
c'est vraiment chez F que j'ai trouvé ma place. D'ailleurs, l'un de mes grands souvenirs
techno, c'est le passage de Laurent Garnier à Helsinki, il y a quelques années. Ca
m'a totalement impressionné ! ".
Jori a donc pas mal galéré mais il en a profité pour affûter son style. Son album
révèle une maturité étonnante, un vrai sens de la mélodie synthétique et une pratique
du groove techno plutôt rare chez les musiciens du pôle. L'album réjouit la tête
et les jambes et possède un sens du deep inénarrable. "Mon environnement et les paysages
qui m'entourent ont une influence considérable sur ma musique. Selkäsaari, c'est
une île située au large de mon village natal. Elle fait partie de mes souvenirs et
de mon enfance. Mais vous savez, en Finlande, on reste plusieurs mois sans soleil, l'atmosphère
y est alors plutôt triste et glauque, les gens très introvertis. Tout ceci est évident
sur l'album. De plus, j'ai vécu l'influence croisée de la première vague trance allemande et des productions originelles de Chicago et Detroit. Cela donne quelque chose
de tout à fait particulier" . Le sens de la fusion en somme. Celle, inédite, de la
glace et du feu.
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