La Dépêche Il faut plus qu'une averse de gadoue pour arrêter le commun des raveurs. C'est ce qu'a prouvé le Teknival après avoir posé ses valises sur le causse de Marcillac, dans la nuit de vendredi.

Depuis, les décibels se déversent à flot sur les pacages à moutons qui n'ont jamais connu une telle affluence de mémoire d'ovins.

Au plus fort de la nuit de samedi, la méga teuf compte une bonne dizaine de milliers de personnes. Comme la nature, le raveur a horreur du vide. Toute la journée, en voitures, en vieux bus Wolkswagen, en camionnette à mazout, ils sont venus s'amasser sur une dizaine d'hectares. Les sonos carburent tous les 100 m au groupe électrogène. Au rythme d'un camion, une voiture, une tente pour abriter le pétard ou le barbecue, le bordel s'organise savamment, offrant aux participants un parcours aléatoire dans un dédale techno électronique.

TRANSE



la depeche La pluie tombe avant la nuit. Tout le monde se bâche, à commencer par les DJ's dont le matos est la seule entité du lieu qui craint vraiment la flotte. Au fil des heures, chacun soigne sa transe à coup de cannette, d'herbe ou de speed. Certains se contentent d'une baffle à trois centimètres des oreilles. D'autres font des mélanges aux effets plus incertains. Sans débordement toutefois, comme le montre le bilan de la Croix-Rouge. Amphètes et fumettes sont de toutes les raves, comme le gâteau qui ne peut pas se passer de sa cerise. Mais ce n'est pas là l'essentiel du rassemblement qui reste avant tout musical. Binaire, certes, mais éclectique. Et puis il y a les shill-out, ces tentes où les anciens réfrènent les ardeurs des plus jeunes, sans oublier les bénévoles de Médecins du monde qui vous identifient, une vulgaire sucrette, un ecsta aux hormones, ou un speed en bonne et due forme en moins de trois minutes.

Les pieds dans la gadoue, genre Woodstock, et la tête dans les étoiles, les raveurs ont porté la fête jusqu'au petit matin qui s'est levé sur un paysage surréaliste. Genre camping des Flots bleus après le passage des « Freaks Brothers ». Alors que certains levaient le camp, d'autres arrivaient tout juste après s'être perdus, en nocturne, dans l'Aveyron profond. C'est ça aussi le « bad trip ».

la depeche Pour d'autres, ce fut plus facile, comme Manu, un jeune ruthénois qui n'espérait pas vivre sa première rave si près de chez lui. « Au début j'appréhendais un peu, mais c'est super cool, les gens sont là pour faire la fête. » La pluie tombe toujours en cette fin de matinée, mais manu est tout heureux et pense déjà à la prochaine. Oui, mais où ? Ph. FERRAND.

Des lendemains qui chantent



« La zone pluvio-orageuse se décale. L'alerte météo est levée. C'est bon, nous sommes tranquilles de ce côté-là », soupire, soulagé, Jean-Yves Lallard, sous-préfet de Millau de garde à la cellule opérationnelle de Marcillac. Hier matin, l'heure était aux premiers bilans après le teknival qui se déroulait près de Marcillac-Vallon, depuis la nuit de vendredi à samedi. « Sur l'aspect gestion de l'ordre public et sanitaire, cela s'est bien passé », poursuit le sous-préfet. Les bénévoles de la Croix-Rouge ont eu à porter secours à trente-neuf personnes et seulement pour de petits « bobos »: plaies, hypothermie, abus d'alcool ou de stupéfiants... Trois personnes ont dû être évacuées vers le centre hospitalier de Rodez, mais, là non plus, rien de bien grave: fracture d'un doigt, douleur à la poitrine, troubles psychologiques...

la depeche Si on est loin des vingt-cinq mille participants annoncés, forces de l'ordre et organisateurs se sont accordés à dire qu'ils étaient, tout de même, dix mille, au plus fort de la nuit. Entre mille et deux mille d'entre eux ont levé le camp, dès hier matin et les départs se sont poursuivis tout au long de la journée. On évaluait à cinq mille, le nombre de raveurs, encore sur le site, hier en fin de journée. « C'est conforme aux déclarations des organisateurs qui ont annoncé la fin de la rave pour dimanche soir!», note le responsable de la cellule opérationnelle.

LES CONTROLES SE POURSUIVENT



Il était donc question de lever le plus gros du dispositif sanitaire dès hier soir. Médecins du monde et Croix-Rouge ont quitté les lieux. Les sapeurs-pompiers ont poursuivi leur surveillance. Seules demeuraient de petites inquiétudes sur le départ des camions qui risquait d'être quelque peu perturbé par la boue. Quelques-uns se sont embourbés et il semblerait que les garagistes et agriculteurs des environs n'aient pas voulu venir à leur aide, ce qui retarderait d'autant le départ des derniers raveurs. Pour le reste, tout se passait plutôt bien, mises à part quelques erreurs d'aiguillage que les services de l'Equipement ont résolues avec un balisage routier renforcé, notamment en direction de Rodez. Les contrôles continuaient. Rien n'a été mis au jour pour les stupéfiants, en revanche quelques alcoolémies positives ont été relevées et des véhicules, proches de l'épave, immobilisés.

Les secouristes ont également été mis à contribution pour la distribution de sacs-poubelles. « Nous espérons, ainsi, inciter les raveurs à faire preuve de civisme et à ne pas laisser le terrain dans un état lamentable », souhaitait Jean-Yves Lallard.

Gladys KICHKOFF